Présence sur une liste d’extrême droite : quelle est cette affaire qui bouscule Nathalie Loiseau ?

A un mois des élections européennes, la tête de liste LREM Nathalie Loiseau a tenté mardi d’éteindre l’incendie provoqué par la révélation de sa présence sur une liste d’extrême droite à Sciences Po en 1984.

Elle plaide le manque d’attention, monte au créneau, s’excuse … Mardi, Nathalie Loiseau, la tête de liste LREM aux élections européennes, a sorti les rames pour tenter de désamorcer la polémique provoquée par la révélation de sa présence sur une liste d’extrême droite à Sciences Po en 1984, dévoilée lundi par Mediapart. Cette année là, elle apparaissait pour des élections dans la grande école parisienne sur la liste “commission paritaire” de l’Union des étudiants de droite (UED), syndicat né sur les cendres du GUD, le Groupe union défense, syndicat étudiant d’extrême droite aujourd’hui dissous.

Cette révélation n’a pas manqué de déclencher un flot de critiques de certains membres de l’opposition contre l’ancienne ministre chargée des Affaires européennes, qui a axé sa campagne sur la lutte contre le populisme. Europe 1 fait le point sur cette affaire.

Qu’a révélé Médiapart ?

Dans son article mis en ligne lundi, on découvre que lors d’élections étudiantes de Sciences-Po, en 1984, Nathalie Loiseau, qui porte encore son nom de jeune fille, Nathalie Ducoulombier, s’était présentée sous l’étiquette UED, un syndicat d’extrême droite. Elle est alors en quatrième année de la filière Prép ENA, qui prépare au concours de l’Ecole nationale d’administration.

Son nom figure parmi ceux de sept autres candidats, dont Christophe Bay, un haut fonctionnaire qui a contribué officieusement au programme de Marine Le Pen en 2017, rappelle Médiapart.

A l’appui, le pure player dévoile un document, la “commission paritaire”de l’Union des étudiants de droite (UED), conservé dans les archives officielles de Sciences-Po Paris. Un listing considéré d’abord comme un faux par les équipes de la tête de liste LREM aux élections européennes, avant que ces derniers reconnaissent son authenticité.

Comment Nathalie Loiseau s’est-elle défendue ?

Contactée lundi par Mediapart, l’ancienne ministre a assuré avoir “complètement oublié cet épisode”. Elle a reconnu avoir “dit oui” lorsqu’on l’avait “approchée pour participer à une liste qui voulait accentuer le pluralisme à Sciences Po, alors quasi inexistant, et qui cherchait des femmes”. “Si ceux qui étaient sur la liste avaient un agenda extrémiste, je ne les ai pas fréquentés, je ne l’ai pas perçu, et si c’est le cas c’est une erreur. Si j’avais identifié des membres du GUD sur cette liste, évidemment que je n’aurais pas accepté d’y figurer”, s’est-elle défendue.

Mais mardi matin, l’ancienne ministre change de ton. Dans un post publié sur sa page Facebook personnelle et relayé par Aurore Bergé, la porte-parole de LREM sur Twitter, elle se défend avec vigueur : “Mediapart est passé à l’attaque (…) Énorme scoop, je viens de la droite. Oui mais voilà, la liste comptait aussi des étudiants qui ont viré à l’extrême droite. C’est possible, je crois la journaliste qui me l’a affirmé, elle suit l’extrême droite depuis des années. Pas moi”, écrit-elle sur Facebook avant de charger Edwy Plenel, le fondateur de Mediapart. “Venir de la droite, avoir rejoint Emmanuel Macron et combattre l’extrême droite, avoir une chance de la battre le 26 mai, c’est insupportable à Edwy Plenel. Avoir été gaulliste à 20 ans plutôt que maoïste, soutien du terrorisme palestinien et des khmers rouges, c’est insupportable à Edwy Plenel”, poursuit-elle en allusion au passé d’extrême gauche du journaliste, avant d’ajouter : “Joli climat d’inquisition”.

Publiquement, Nathalie Loiseau se veut moins virulente. Elle essaye de rassurer, concède une erreur et cherche à éteindre l’incendie. “Alors oui, il y a 35 ans j’ai accepté par amitié de figurer sur une liste où il y avait des gens de droite, des gaullistes, mais où il y avait aussi des gens d’extrême droite et ça je ne le savais pas. J’aurais dû le vérifier. Je le regrette. C’est une erreur d’il y a 35 ans”, explique-t-elle dans une vidéo diffusée mardi après-midi sur sa page Facebook officielle. “Mais j’ai 35 ans de vie, d’engagement personnel, politique pour porter des valeurs de liberté, de démocratie, de respect, de tolérance. C’est ça toute ma vie, c’est ça qui fait qu’aujourd’hui je suis à la tête d’une liste qui a la chance de battre l’extrême droite, le 26 mai, aux européennes”. Et d’ajouter :” Je ne veux pas laisser salir ni ce que je suis, ni ce qu’est la liste Renaissance”.

 

Comment a réagi l’opposition ?

L’opposition n’a pas manqué de saisir la balle au bond pour mieux la renvoyer en pleine figure de la tête de liste LREM. “Je laisse chaque Français juge de se demander si après de telles révélations, on peut encore faire confiance à une personne comme Nathalie Loiseau, et si après un tel double discours il peut y avoir encore le moindre crédit qui s’attache à ses paroles”, a réagi le président des Républicains, Laurent Wauquiez. “Je ne lui en ferai pas le reproche, je crois que chacun peut avoir son itinéraire”, a estimé pour sa part François-Xavier Bellamy, tête de liste Les Républicains aux européennes, lui-même cible ces derniers mois de critiques pour son profil conservateur et ses engagements passés. “Mais ça oblige à un peu d’humilité et à un peu de simplicité”, a-t-il ajouté, en critiquant “cet espèce de discours moralisateur” de Nathalie Loiseau consistant à opposer progressistes et populistes dans le cadre de la campagne.

“On a le droit de changer d’avis, mais pour une formation politique qui fait toute sa comm’ autour de l’idée qu’elle constitue LE rempart face à l’extrême-droite, ça fait drôle…”, a abondé la tête de liste PCF Ian Brossat. Certains, comme Lydia Guirous, une des porte-paroles de LR, ont aussi jugé peu crédible le fait que Nathalie Loiseau, étudiante de Sciences Po en “Prep ENA”, ne se soit pas intéressée davantage à la couleur politique de la liste sur laquelle elle était inscrite. “Nathalie, paye ta cotis’ !”, a ironisé de son côté Jordan Bardella, tête de liste Rassemblement national, invité du groupe Nice Matin. “Cela démontre surtout l’imposture autour de ces gens”.

De son côté, La République en marche a tenté de sauver son capitaine à coup de tweets. Le délégué général du parti, Stanislas Guerini, a rappelé sur Twitter qu'”il n’y a jamais eu la moindre ambiguïté sur son engagement” dans “la lutte contre l’extrême droite”. Le chef de file des députés LREM Gilles Le Gendre s’est étonné : “Rien de mieux pour nuire à Nathalie Loiseau qu’une erreur d’aiguillage qui remonte à 35 ans ? Rassurant, non ?”, a-t-il lancé. Reste que la majorité présidentielle se serait bien passée d’une telle séquence. Un ministre s’en agace d’ailleurs auprès d’Europe 1 : “Certes elle avait 20 ans, mais ça la fout mal !”