En difficulté
Cette entité n’est plus en activité. La fiche documente son parcours et ce qu’il en reste.
Situation actuelle
La division Airbus Defence and Space traverse une phase de réorganisation profonde caractérisée par une détérioration de sa rentabilité opérationnelle et une restructuration de son périmètre spatial. Au premier trimestre 2025, la structure juridique principale en France, l’entité SAS sous SIREN 393341516, reste active. Cependant, la performance financière du segment a été marquée par des charges exceptionnelles liées aux retards et surcoûts des programmes spatiaux, générant une perte d’exploitation ajustée de 566 millions d’euros pour l’exercice 2024.
En réaction à ces performances, un plan de réduction des effectifs a été initié. En octobre 2024, la division a annoncé la suppression de jusqu’à 2 500 postes, représentant environ 7 % de ses 35 000 salariés, d’ici mi-2026. Cette mesure vise à réduire la structure de coûts face à la pression exercée par les projets satellitaires coûteux.
L’évolution la plus significative intervient le 23 octobre 2025, lors de la signature d’une lettre d’intention (MoU) entre Airbus, Leonardo et Thales. Ce document prévoit la création d’une nouvelle entité commune pour leurs activités de systèmes et services spatiaux (à l’exclusion des lanceurs). Airbus y apporterait ses filiales Space Systems et Space Digital. La structure de capital envisagée attribuerait 35 % du capital à Airbus, avec un chiffre d’affaires pro-forma estimé à 6,5 milliards d’euros pour 2024 et environ 25 000 salariés. L’opération est destinée à devenir opérationnelle en 2027, avec un siège social prévu à Toulouse. Ce rapprochement marque une cession partielle du contrôle total qu’Airbus SE détient actuellement sur cette division, passant d’une intégration complète à une participation minoritaire dans le domaine du spatial.
Identité
L’entité juridique française « AIRBUS DEFENCE AND SPACE SAS » (SIREN 393341516) est une société par actions simplifiée (SAS) créée le 17 décembre 1993. Elle est distincte d’autres entités homonymes enregistrées en France, telles que l’ancienne structure de CASA (SIREN 391840642) ou la filiale allemande Airbus Defence and Space GmbH (SIREN 919687277). Le siège administratif de la SAS est situé à Toulouse, tandis que le siège opérationnel de la division internationale est basé à Munich, en Allemagne.
Cette division est détenue à 100 % par Airbus SE, société mère cotée à Euronext Paris. L’activité de la division repose sur deux axes majeurs : le militaire (avions tactiques et de transport, systèmes de défense) et le spatial (satellites, systèmes de communication). Elle opère à travers trois lignes de métier principales : Air Power, Space Systems et Connected Intelligence. Les revenus proviennent principalement de contrats gouvernementaux de défense et de ventes d’actifs spatiaux aux agences et opérateurs privés. La présence française est structurée autour de sites industriels majeurs à Toulouse et Élancourt, qui constituent le cœur de la production aérospatiale du groupe.
Sa place dans l'écosystème de la mobilité
La position d’Airbus Defence and Space s’explique par son rôle central dans les chaînes de valeur européennes de la défense et de l’espace. Dans le domaine aérospatial, la division est un acteur clé pour la fabrication de satellites et de systèmes de télécommunications sécurisés, répondant aux besoins souverains des États européens et aux exigences de l’Agence spatiale européenne (ESA).
En 2024, le chiffre d’affaires de la division a atteint 12,08 milliards d’euros, en hausse de 5 % par rapport à l’exercice précédent. Cette dimension financière justifie l’attention portée à sa santé opérationnelle. Les difficultés rencontrées, notamment les surcoûts des programmes spatiaux qui ont pesé à hauteur de 1,3 milliard d’euros de charges en 2024, mettent en lumière les défis techniques et budgétaires du secteur spatial européen. La décision de créer une joint-venture avec Thales et Leonardo traduit une volonté de consolider les forces industrielles européennes face à la concurrence mondiale, tout en mutualisant les risques financiers associés aux grands programmes satellites. Pour l’économie française, la division représente un poids significatif en matière d’emplois qualifiés et de technologies de pointe, en particulier à Toulouse, berceau historique de l’industrie aéronautique française.
Chronologie
- 2024-06-24 : Airbus annonce une charge de 900 millions d’euros liée aux activités spatiales et abaisse ses objectifs de marge opérationnelle pour l’année, en raison des retards et surcoûts des programmes satellites.
- 2024-10-16 : La division Airbus Defence and Space révèle un plan de réduction de ses effectifs, visant la suppression de jusqu’à 2 500 postes (7 % du total) d’ici mi-2026, principalement motivée par les difficultés du segment Space Systems.
- 2025-02-20 : Publication des résultats annuels 2024 par Airbus SE. Le segment Defence and Space affiche un chiffre d’affaires de 12,08 Md€ et un EBIT ajusté négatif de 566 M€, impacté par 1,3 Md€ de charges spatiales.
- 2025-10-23 : Signature d’une lettre d’intention (MoU) entre Airbus, Leonardo et Thales pour fusionner leurs activités de systèmes et services spatiaux dans une nouvelle société, où Airbus détiendrait 35 % du capital.
- 2027 (projeté) : Date visée pour que la nouvelle entité de coentreprise spatiale soit pleinement opérationnelle, avec un siège social prévu à Toulouse.
Controverses
Les controverses entourant Airbus Defence and Space sont principalement d’ordre financier et industriel, liées à la gestion des programmes spatiaux. La principale polémique porte sur l’opacité et l’ampleur des surcoûts des programmes satellites. En 2024, la prise de charge de 1,3 milliard d’euros a soulevé des questions sur la capacité du groupe à maîtriser ses coûts de développement dans un secteur où les marges sont structurellement faibles. Ces dérapages ont directement conduit à la révision à la baisse des prévisions de rentabilité du groupe, affectant la confiance des investisseurs.
Le plan social annoncé en octobre 2024 a également généré des tensions. La suppression de 2 500 postes, bien que présentée comme une mesure structurelle, a suscité des inquiétudes au sein des syndicats et des régions employeuses comme la Haute-Garonne. Le débat porte sur la répartition des sacrifices entre la division défense, qui reste rentable, et la division spatiale, qui est en déficit. Certains analystes critiquent la lenteur de la réaction du management face aux dérapages de projets connus depuis plusieurs exercices.
Enfin, la décision de s’associer avec les concurrents Thales et Leonardo est perçue par certains acteurs du marché comme une reconnaissance de l’incapacité d’Airbus à maintenir seul un leadership spatial compétitif face aux acteurs américains. Cette alliance, bien qu’encore au stade de la lettre d’intention, soulève des questions sur la souveraineté industrielle et la répartition des rôles technologiques entre les trois grands groupes européens, notamment concernant les technologies de pointe en observation et communication.
Contrepoint
Il est important de nuancer la perception d’une défaillance totale d’Airbus Defence and Space. Le chiffre d’affaires en croissance de 5 % à 12,08 Md€ en 2024 témoigne d’une demande robuste, portée par les budgets de défense en hausse en Europe. La division reste un fournisseur critique pour des programmes militaires structurants comme l’A400M ou l’Eurofighter (via des participations), qui génèrent des flux de trésorerie réguliers et solides.
Les pertes enregistrées en 2024 sont en grande partie attribuable à des éléments exceptionnels ou spécifiques aux programmes spatiaux longs, et non à une érosion des marchés de base. Le segment Air Power, par exemple, continue de montrer une résilience commerciale. De plus, la création de la joint-venture avec Thales et Leonardo peut être vue non pas comme une retraite, mais comme une consolidation stratégique. En combinant leurs forces, les trois groupes visent à atteindre la taille critique nécessaire pour rivaliser avec les grands acteurs internationaux dans les segments à haute valeur ajoutée, comme les constellations de satellites.
La présence de 25 000 salariés dans la future entité spatiale et un chiffre d’affaires pro-forma de 6,5 Md€ indiquent que l’activité générée est substantielle. Pour l’entité française SAS, le statut d’activité est confirmé, et les investissements continuent d’être réalisés sur les sites de Toulouse. La transition vers un modèle de coentreprise pourrait, à terme, alléger la pression financière sur le bilan d’Airbus SE tout en permettant de maintenir les activités industrielles en France, offrant ainsi une perspective de stabilisation pour la division au-delà des turbulences de 2024-2025.
Sources
- api.gouv.fr — Données SIRENE, consultation du 2026-08-20.
- Airbus — Communiqué de presse « Results FY 2024 », 2025-02-20.
- Reuters — « Airbus defence arm to cut jobs as space costs mount », 2024-10-16.
- Airbus — Communiqué de presse « Joint Space Venture », 2025-10-23.
- BBC News — « Airbus, Leonardo and Thales to merge space units », 2025-10-23.
- Airbus — Site officiel, section Defence, consultation du 2026-08-20.
Média associé
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