Better Place

Disparu

Cette entité n’est plus en activité. La fiche documente son parcours et ce qu’il en reste.

Situation actuelle

Better Place n’est plus un opérateur de recharge ni d’échange de batteries. Le 26 mai 2013, la société a déposé une demande de liquidation volontaire auprès du tribunal du district central de Lod, en Israël, après que son principal actionnaire, Israel Corporation, a cessé tout financement au cours du même mois [1][2]. La procédure s’est conclue par une cession ordonnée des actifs le 11 juillet 2013 : le consortium Sunrise, emmené par Yosef Abramowitz, a acquis les actifs israéliens et la propriété intellectuelle pour 43 millions de shekels, soit environ 9,1 millions d’euros [3][4]. Dans ce total, 25 millions de shekels ont été affectés à la propriété intellectuelle logée dans la filiale suisse Better Place Switzerland [3].

Ce qu’il en reste est limité à l’état de liquidation. Au 12 juillet 2013, la presse recensait 85 salariés restants, contre un pic estimé supérieur à 400 en 2012 [4]. Le domaine betterplace.com est inactif depuis 2013, constaté le 20 août 2026 [5]. La filiale française Better Place France, immatriculée sous le SIREN 517869293 à Paris, est aujourd’hui radiée [6]. Le réseau de stations automatisées n’est plus exploité sous ce nom et aucune continuité commerciale n’est documentée après la cession de 2013. Le constructeur Renault-Nissan s’est déclaré créancier à hauteur de 65 millions d’euros au moment de la liquidation [3].

Identité

Better Place était une société de droit américain, immatriculée dans le Delaware, non cotée. Son siège se trouvait à Palo Alto, en Californie, et sa principale activité de recherche et développement était localisée en Israël [1][9]. L’entreprise a été fondée en 2007 par Shai Agassi et Israel Corporation [1]. Elle ne détenait pas elle-même la propriété intellectuelle ; celle-ci était logée dans Better Place Switzerland, filiale suisse distincte [3]. D’autres filiales existaient au Danemark, en Australie et au Canada, ainsi qu’en France avec Better Place France [3][6].

L’actionnariat, connu au moment de la levée de fonds de janvier 2010 puis des derniers mois, comprenait Israel Corporation comme actionnaire principal avec environ 30 % du capital, HSBC autour de 10 % après la série B, ainsi que Morgan Stanley Investment Management, Lazard Asset Management, VantagePoint Venture Partners, Ofer Hi-Tech Holdings et Maniv Energy Capital [2][8].

L’entité traitée ici ne doit pas être confondue avec l’association Better Place, SIREN 879148443, créée à Paris en 2019, ni avec un restaurant homonyme enregistré sous le SIREN 753475417. Ces deux structures n’ont aucun lien avec la société liquidée en 2013 [6].

Sa place dans l'écosystème de la mobilité

Better Place constitue un cas documenté de destruction de valeur dans le domaine des batteries et des infrastructures de mobilité électrique. Le mécanisme concret de l’entreprise ne reposait pas sur la vente d’un véhicule, mais sur la location de la batterie par abonnement au kilomètre. Le client disposait d’un véhicule compatible, principalement la Renault Fluence Z.E., et pouvait échanger en station une batterie vide contre une batterie pleine en environ cinq minutes, sans recharger à la borne [3][4]. Les revenus attendus provenaient de l’abonnement et de la revente d’électricité [3].

L’ampleur financière du projet rend sa disparition utile à l’analyse des modèles d’infrastructure : en janvier 2010, la série B a levé 350 millions de dollars, menée par HSBC avec 125 millions de dollars, pour une valorisation indiquée de 1,25 milliard de dollars [8]. Au total, environ 850 millions de dollars ont été investis dans Better Place avant la liquidation [3]. Le 11 juillet 2013, la cession des actifs pour 43 millions de shekels représentait environ 1 % du montant investi [3].

Le volume réel d’usage reste faible : environ 950 véhicules vendus en Israël à la fin de l’exploitation [1]. Les pertes cumulées dépassaient 3 milliards de shekels au moment de la liquidation [1]. Ce décalage entre le capital mobilisé, le réseau déployé et la demande effective est un fait daté qui explique pourquoi la faillite de Better Place est régulièrement mobilisée comme cas d’échec industriel, sans que cette fiche ne reprenne le discours de l’entreprise sur elle-même.

Chronologie

  • 2007 — Création de Better Place par Shai Agassi et Israel Corporation, avec un siège à Palo Alto et une R&D principale en Israël [1].
  • Janvier 2010 — Clôture d’une série B de 350 millions de dollars menée par HSBC, valorisation annoncée de 1,25 milliard de dollars [8][9].
  • 2012 — Lancement commercial en Israël et au Danemark ; le pic d’effectifs est estimé à plus de 400 salariés cette année-là [1][4].
  • 26 mai 2013 — Dépôt d’une demande de liquidation volontaire devant le tribunal du district central de Lod, en Israël, après l’arrêt des financements d’Israel Corporation ; les pertes cumulées dépassent 3 milliards de shekels [1][2].
  • 11 juillet 2013 — Cession des actifs israéliens et de la propriété intellectuelle au consortium Sunrise pour 43 millions de shekels (environ 9,1 millions d’euros), soit environ 1 % des 850 millions de dollars investis [3][4].

Controverses

La liquidation de Better Place a été marquée par plusieurs frictions documentées. La première porte sur le rapport entre les montants levés et la réalisation : environ 850 millions de dollars investis, une cession d’actifs à 43 millions de shekels, soit à peu près 1 % de l’investissement cumulé [3]. Ce déséquilibre a nourri les critiques sur la gouvernance et sur le rythme d’installation d’infrastructures coûteuses avant la consolidation de la demande.

La deuxième controverse concerne le choix technologique du swap de batterie plutôt que de la recharge embarquée rapide. Le modèle supposait un parc homogène de véhicules compatibles. En pratique, le déploiement commercial a reposé pour l’essentiel sur un seul véhicule, la Renault Fluence Z.E., dont les volumes de vente sont restés faibles : environ 950 exemplaires en Israël [1]. Cette dépendance a réduit le taux d’utilisation du réseau et a pesé sur la rentabilité.

La troisième tension est liée au rôle des créanciers et des actionnaires. Israel Corporation a cessé son financement en mai 2013, déclenchant la procédure [1][2]. Renault-Nissan s’est déclaré créancier pour 65 millions d’euros [3]. La localisation de la propriété intellectuelle dans Better Place Switzerland a également soulevé la question de la valeur réellement récupérable par les créanciers, puisque 25 millions de shekels ont été affectés à la PI lors de la vente de juillet 2013 [3].

Contrepoint

Le dossier Better Place ne doit pas être réduit à une impossibilité technique du swap de batterie. Les stations automatisées permettaient un échange en environ cinq minutes, ce qui constituait un avantage de temps mesurable par rapport à une recharge complète de l’époque [3][4]. Renault avait effectivement adapté la Fluence Z.E. à ce dispositif, ce qui montre que l’intégration véhicule ne relevait pas d’un simple prototype [3][4].

La cession de juillet 2013 a préservé une partie des actifs : le consortium Sunrise a repris la propriété intellectuelle et certains éléments opérationnels pour 43 millions de shekels [3][4]. La valeur exacte résiduelle de ces brevets et savoir-faire n’est pas établie publiquement, faute de comptes post-2013 rendus disponibles. La disparition de la marque et de l’opérateur est totale, mais le mécanisme de swap a continué d’être évalué par d’autres acteurs industriels sans que cette fiche puisse documenter de lien direct avec Better Place.

Sources

1. Ynet / Yedioth Ahronoth, « Better Place: the rise and fall », 10 juillet 2013 — https://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4402843,00.html (consulté le 20 août 2026).

2. Reuters, « Better Place files for liquidation », 26 mai 2013 — https://www.reuters.com/article/us-betterplace-liquidation-idUSBRE94P0CQ20130526 (consulté le 20 août 2026).

3. Les Échos, « Better Place cède ses actifs pour 43 millions de shekels », 11 juillet 2013 — https://www.lesechos.fr/2013/07/better-place-cede-ses-actifs-318822 (consulté le 20 août 2026).

4. TechCrunch, « Better Place’s assets sold to Sunrise for $12 million », 12 juillet 2013 — https://techcrunch.com/2013/07/12/better-place-assets-sold-to-sunrise-for-12-million/ (consulté le 20 août 2026).

5. Constat direct du domaine betterplace.com, effectué le 20 août 2026 (absence de site institutionnel actif).

6. api.gouv.fr, fiche entreprise Better Place France, SIREN 517869293 — https://recherche-entreprises.api.gouv.fr/entreprise/517869293 (consulté le 20 août 2026).

7. FinSME, « Better Place Raises $350M in Series B », 25 janvier 2010 — https://www.finsmes.com/2010/01/better-place-raises-350m-in-series-b.html (consulté le 20 août 2026).

8. The New York Times DealBook, « Better Place Raises $350 Million », 25 janvier 2010 — https://archive.nytimes.com/dealbook.nytimes.com/2010/01/25/better-place-raises-350-million/ (consulté le 20 août 2026).

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