CAF — Constructeur ferroviaire espagnol
Actif
Identité
CAF est le nom d’usage de Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles, S.A., société anonyme de droit espagnol fondée en 1917 à Beasain, dans la province du Guipúzcoa (Pays basque espagnol). Cotée à la Bourse de Madrid (BME), elle est identifiée par l’ISIN ES0121975009. Son siège social se situe à Beasain. Une filiale française est enregistrée sous le SIREN 419294574.
L’actionnariat est éclaté, sans actionnaire majoritaire : les salariés, via la structure Cartera Social, détiennent 29,56 % des droits de vote ; la banque basque Kutxabank (par CK Corporación Kutxa) en détient 19,06 % ; BNP Paribas Securities Services Luxembourg 5,47 % ; Banca Cívica 3,01 % ; le gouvernement basque via Finkatuz 3,00 % (droits de vote, données 2024‑2025). Le groupe comprend notamment Solaris Bus & Coach (bus urbains, Pologne), CAF Power & Automation, CAF Signalling, CAF Wheels/Axles/Gearboxes, ainsi que les entités Ennera, CAF Turnkey Engineering, Railline, Sempere, Lander Simulations, Geminys, Orbital Critical Systems et Cetest.
Cette entité ne doit pas être confondue avec les caisses d’allocations familiales françaises (CAF). Le corpus porte bien sur le constructeur ferroviaire espagnol.
Situation actuelle
CAF est un constructeur intégré de matériel roulant ferroviaire et de bus. Son activité couvre la conception, la fabrication, la signalisation, les systèmes électriques et la maintenance. Le siège industriel historique est à Beasain, mais le groupe dispose de plusieurs sites de production en Europe, dont l’usine française de Reichshoffen (Bas‑Rhin). Cette usine a été reprise à Alstom en 2022, à la suite d’une cession imposée par la Commission européenne dans le cadre du rachat de Bombardier Transport par Alstom.
En 2024, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 1 898 M€ (+2 % par rapport à 2023). Son carnet de commandes atteint 14 695 M€ au 31 décembre 2024, un niveau record, en hausse de 3 %. Les prises de commandes (contratación) s’élèvent à 4 707 M€ sur l’exercice, soit un ratio book‑to‑bill de 1,1. L’Espagne ne représente que 11 % du chiffre d’affaires : le groupe est structurellement exportateur, avec des clients en France, en Italie, aux Pays‑Bas, en Allemagne, en Norvège, en Suède, en Tchéquie, aux États‑Unis, au Mexique, en Colombie, au Chili et aux Émirats arabes unis.
En France, la présence est significative. Outre l’usine de Reichshoffen, CAF détient des contrats avec SNCF Voyageurs : un marché signé le 5 décembre 2019 pour 28 rames Oxygène en tranche ferme et une option de 75 rames ; le 20 décembre 2024, SNCF Voyageurs a notifié la commande de 22 rames Oxygène supplémentaires destinées aux trains d’équilibre du territoire Bordeaux‑Toulouse‑Marseille. Cette commande, financée par l’État à hauteur d’environ 650 M€ via l’AFIT France, est fabriquée à Reichshoffen et assure une charge de travail sur ce site jusqu’en 2029. Les ventes annuelles consolidées en France dépassent 400 M€ en 2024, incluant un contrat de 22 bus hydrogène pour Île‑de‑France Mobilités.
Chiffres clés
- Effectif groupe : 16 333 employés (2024, périmètre groupe).
- Chiffre d’affaires 2024 : 1 898 M€ (+2 % vs 2023).
- Résultat net 2024 : 94 M€, contre 48 M€ en 2023 (+96 %).
- Carnet de commandes au 31/12/2024 : 14 695 M€ (record historique, +3 %).
- Prises de commandes 2024 : 4 707 M€ (book‑to‑bill 1,1).
- Part du matériel roulant ferroviaire : 42 % du chiffre d’affaires 2024.
- Part de l’Espagne dans le chiffre d’affaires : 11 %.
- Contrat SNCF Oxygène : 28 rames fermes (marché du 05/12/2019) + 22 rames notifiées le 20/12/2024 ; investissement État ≈650 M€ via AFIT France ; fabrication à Reichshoffen avec charge jusqu’en 2029.
- Métro de Madrid : 80 % de la flotte fournie par CAF (2024) ; deux lots attribués en 2024 pour plus de 800 M€.
Forces et limites
Forces. L’intégration verticale constitue un avantage structurel : CAF maîtrise le matériel roulant ferroviaire (tramways Urbos, métros Inneo, trains régionaux Civity, TGV Oaris, locomotives Bitrac), la signalisation (CAF Signalling), l’électronique de puissance (CAF Power & Automation) et les bus urbains (Solaris, avec des motorisations électriques, hydrogène et trolleybus). Cette diversification lui permet de proposer des offres combinées et d’atténuer la cyclicité du ferroviaire.
Le carnet de commandes record (14 695 M€) offre une visibilité pluriannuelle. L’actionnariat stable — salariés et banque basque — réduit le risque de changement de contrôle. L’implantation à Reichshoffen, acquise dans le cadre du remède antitrust européen, donne à CAF un accès direct au marché français, stratégique pour les renouvellements de flottes.
Limites. La dépendance aux options exercées est notable : en 2024, 40 % des commandes de matériel roulant provenaient d’options levées par les clients. Les contrats ferroviaires sont soumis aux budgets publics et à des cycles de décision longs. La taille de CAF reste inférieure à celle des concurrents directs comme Alstom, Siemens Mobility ou Stadler, ce qui limite les capacités d’investissement en R&D et les économies d’échelle.
Les contraintes réglementaires européennes ont déjà pesé sur l’entreprise : la reprise de Reichshoffen était une cession imposée par la Commission européenne, et les règles d’attribution des marchés publics imposent des appels d’offres concurrentiels. Géographiquement, la production est répartie entre l’Espagne, la Pologne (bus Solaris) et la France, ce qui expose aux coûts logistiques et aux fluctuations de change. Enfin, la part de l’Espagne dans le chiffre d’affaires n’étant que de 11 %, le groupe est très sensible à la conjoncture des pays importateurs.
Comparaison dans le segment. Face à Alstom (France, très présent dans les trains à grande vitesse et les métros), Siemens Mobility (Allemagne, forte en signalisation), Stadler (Suisse, spécialiste des trains régionaux et des rames à crémaillère), Hitachi Rail et Talgo (Espagne, focalisé sur la grande vitesse), CAF occupe une position intermédiaire : sa valeur ajoutée tient à la combinaison bus‑ferroviaire via Solaris et à son ancrage industriel français récent.
Sa place dans l'écosystème de la mobilité
Fondé en 1917, CAF est l’un des constructeurs ferroviaires historiques européens. Sa trajectoire récente illustre les recompositions du secteur : sortie du marché de la grande vitesse pure, diversification dans les bus urbains, reprise d’actifs cédés par Alstom. L’usine de Reichshoffen, reprise en 2022, en fait un acteur direct de l’emploi industriel français dans le ferroviaire. La commande de 22 rames Oxygène notifiée le 20 décembre 2024, financée par l’État à hauteur d’environ 650 M€, sécurise l’activité du site alsacien jusqu’en 2029.
Pour les autorités organisatrices de transport, CAF représente une alternative d’approvisionnement face aux grands groupes, avec un portefeuille étendu allant du tramway au bus hydrogène. Son carnet de commandes record et son résultat net en forte hausse en 2024 témoignent d’une demande soutenue pour le renouvellement des flottes de transport public, tout en rappelant les contraintes de financement public et de concurrence européenne qui pèsent sur le secteur.
Sources
- Ministère de la Transition écologique — Communiqué du 20/12/2024, « Notification par SNCF Voyageurs de la commande de 22 rames Oxygène », ecologie.gouv.fr (consulté le 2026‑08‑20).
- CAF — Résultats annuels 2024 (CCAA), consultables sur cafmobility.com et caf.net (consulté le 2026‑08‑20).
- CNMV — Dépôt réglementaire des comptes annuels 2024 de Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles, S.A., cnmv.es (consulté le 2026‑08‑20).
- Wikipedia en espagnol — Article « Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles », données d’actionnariat et d’effectifs 2024 (consulté le 2026‑08‑20).
Média associé
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